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BACH À PARIS, BACH À STRASBOURG

EDITH WEBER
Le 28 juillet, date anniversaire de la mort de Bach, donne lieu à une tradition strasbourgeoise dont l'initiative remonte à Albert Schweitzer et aux concerts commémoratifs qu’il avait lancés. Elle a été reprise également à Paris, en l’église luthérienne des Billettes, à l’initiative du pasteur Alain Joly

Initiative d'Albert Schweitzer
   Albert Schweitzer (1875-1965), théologien, philosophe, médecin, musicien et organiste, après avoir passé ses doctorats en philosophie (1899) et en théologie (1900), s’est également avéré être un spécialiste de Jean Sébastien Bach. Dès 1900, il est non seulement pasteur, mais aussi organiste à l’église St-Nicolas de Strasbourg. En 1905, il commence ses études de médecine, tout en assumant, jusqu’en 1908, les fonctions de directeur du Collegium wilhelmitanum. À cette époque, il rédige son ouvrage "J. S. Bach, le musicien poète" (Breitkopf, 1905), et les "Règles internationales pour la construction des orgues "(Strasbourg, 1909).
    En 1909, le 28 juillet, Schweitzer organise en l’église St-Thomas, bastion du luthéranisme, le premier concert commémoratif de la mort de J. S. Bach.  En mars 1913, il part pour Lambaréné, mais reviendra souvent à Strasbourg et donnera des récitals d’orgue et des conférences à l’étranger pour le financement de son hôpital. La tradition s'établira de ce concert de juillet.

  Double  commémoration
   À Strasbourg, le mardi 28 juillet 2009 à 21 h, avait lieu à St-Thomas le traditionnel "Concert commémoratif de la mort de J. S. Bach survenue le 28 juillet 1750 vers 21 heures"  avec la participation d’Ariane Wohlhüter (soprano) et de François Ménissier, à l’orgue Johann Andreas Silbermann. Cet orgue prestigieux, datant de 1741, a été restauré en 1979 par le facteur Alfred Kern qui a déplacé la console d’origine pour l’installer dans la nef latérale nord-ouest.

   Cette 100e manifestation (Association Accord & Fugue) a attiré un public dépassant largement les possibilités d’accueil et les consignes de sécurité : l’entrée a été refusée à certains mélomanes, d’autres ont envahi la rue et la place St Thomas…
   À Paris, le mardi 28 juillet 2009 à 18 h, avait lieu à l’église évangélique luthérienne des Billettes, offert par le Centre Culturel Luthérien de Paris, le "Concert anniversaire de la mort de Jean Sébastien Bach", selon une tradition plus récente, avec le concours de l'organiste Jacques Amade, à l’orgue Mühleisen dont la facture convient parfaitement à l’interprétation d’œuvres du Cantor de Leipzig.
  Les deux concerts commémoratifs étaient, comme il se doit, entièrement dévolus à des œuvres de J. S. Bach. François Ménissier s’est assuré le concours de la soprano Ariane Wohlhüter qui interpréta plusieurs Arias, dont la célèbre Bist du bei mir ou encore Mein glaübiges Herz… L’organiste a judicieusement situé le début dans une perspective comparative, avec le choral Sei gegrüsset, Jesu gütig (BWV 499), les Partite diverse sopra il Corale : Sei gegrüsset, Jesu gütig en 11 Variations (BWV 768) et, au cours du concert, avec trois versions du choral Dies sind die heil’gen zehn Geboth. Deux Préludes (BWV 545b et 532) étaient inscrits au programme, ainsi que le Ricerar a 6 voci "sonabile sull’Organo col Pedale obligato ». Le concert s’est terminé avec l’émouvant choral que Bach, aveugle, avait dicté sans préparation à Johann Christoph Altnikol : Vor deinem Thron tret’ich hiermit (BWV 668), sur le texte attribué à Bodo von Hodenberg (1646).

     Le concert spirituel de Paris était présenté par le pasteur Alain Joly, dont les commentaires historiques et techniques ont été hautement appréciés. Jacques Amade  a introduit le concert par la Toccata et fugue en ré mineur (BWV 565) selon le commentaire : "à entendre comme une invocation à l’Esprit" ; et conclu par le monumental Prélude et Fugue en si mineur (BWV 544), à écouter "dans l’espoir de la Résurrection". La partie centrale était constituée par deux Préludes de choral Valet will ich dir geben  (BWV 736 et 735), comme une "courte predication" et Vater unser im Himmelreich (BWV 682), selon la paraphrase du Notre Père, pièce particulièrement expressive destinée aux enfants, avec cantus firmus en canon ; et par la Partita sur O Gott, du frommer Gott (BWV 76) dans laquelle l’énoncé du choral harmonisé de 4 à 6 voix est suivi de variations.
 Le concert s’est terminé aux accents du Prélude et Fugue en si mineur (BWV 544), chef-d’œuvre de la maturité du Cantor, donné en 1727 pour les funérailles de la princesse Christiane Eberhardine, épouse d’Auguste le Fort, en l’église St-Paul à Leipzig, qui posa un inoubliable point d’orgue sur cet intense moment de communion artistique et spirituel.

 Tant à Strasbourg qu’à Paris, les deux organistes François Ménissier et Jacques Amade ont déployé toute leur musicalité, leur technique, leur science, leur excellent sens de la registration au service du Cantor de Leipzig, mettant particulièrement en valeur les nombreuses possibilités des orgues. Jean Sébastien Bach (1685-1750) ne pensait sans doute pas que, 259 ans après sa disparition, son œuvre connaîtrait encore un tel retentissement.

 Édith Weber est professeur émérite à l’Université Paris-Sorbonne